Archives judiciaires : coupable ou non coupable ?

Carte postale du Rhône

Le 17 juillet 1848 dans la banlieue lyonnaise, Marie Ravichon, 38 ans, jardinière dans une propriété de Chavanay, rentre de Lyon lorsqu’elle trouve sa fille accompagnée de sa grand mère et s’étonne qu’elle ne soit pas à l’école.

Elle lui demande alors de s’y rendre immédiatement mais la petite fille habituellement obéissante s’y oppose.

Surprise, Marie demande alors à sa progéniture de lui donner une raison valable à cette attitude et la pauvre petite explique à sa mère qu’aux environs de huit heures alors qu’elle venait de traverser le pont blanc en direction de Pierre Bénite pour se rendre à l’école, un homme a surgi derrière elle avant de la jeter sur un tas de pierres, puis a soulevé sa robe pour lui faire des saletés.

Heureusement à force de crier elle força l’homme à prendre la fuite puis elle se réfugia chez dame Gourionne propriétaire à Oullins (Rhône). Très éprouvée Pierrette Ravichon ne pouvait plus parler.

Lorsqu’elle fut un peu remise, cette jeune enfant raconta que l’individu lui avait offert de l’emmener, lui promettant un beau chapeau, une écharpe et une robe de soie qu’elle refusa en disant que si elle n’allait pas à école sa mère la gronderait, c’est à ce moment la que l’homme la poussa violemment par la poitrine, la jeta sur un tas de pierre, troua sa robe et déboutonna son pantalon, qu’à ses cris, il répondit en lui montrant un long pistolet avant de prendre subitement la fuite.

Avec beaucoup de lucidité, elle donna enfin le signalement de l’homme, il avait une cravate noir, une blouse bleue, un pantalon gris rayé, le col de sa chemise déchiré sur le coté gauche et une casquette sur la tête, il mesurait environ un mètre soixante cinq, il avait une barbe brune, le regard gris et une grande bouche. L’enfant avait également souvenir d’une ancre marine tatoué sur le bras gauche de l’individu.

La mère fut envahi par un sentiment étrange mélangé de culpabilité, de colère et de tristesse puis elle se dirigea chez dame Gourionne pour la remercier d’avoir recueilli sa fille. Ensemble elles partir déposer une plainte chez l’adjoint à monsieur le Maire d’Oullins.

Le lendemain, l’adjoint fit arrêter un homme qui errait dans le bois de la commune et dénommé Antoine Raynal. Pierrette, recroisa le regard de son agresseur, le reconnu parfaitement et il portait toujours les vêtements décrit la veille par l’enfant.

Le sieur Raynal a été condamné un an auparavant pour outrage public à la pudeur et condamné à trois mois d’enfermement.

Lorsque la témoin Gourionne qui a recueilli la petite Ravichon après l’attentat fut interrogé par les gendarmes elle déclara avoir vu un homme roder sur la route d’oullins a Pierre bénite, elle avait remarqué son costume et lorsque la jeune enfant lui décrit l’homme qui l’a outragé elle n’hésite pas à reconnaître Raynal et a soupçonner qu’il est le coupable.

Lors du réquisitoire, à la question : Raynal pour arriver a son geste coupable a t’il employé la violence ? incontestablement oui, il s’est employé à la violence que de jeter brusquement a terre une pauvre enfant de chercher a étouffer ses cris, de la menacer d’une arme si elle ne se tait pas.

Pierrette Ravichon ainsi que le constate son acte de naissance est née le 14 juin 1839 elle est par conséquence âgée de neuf ans et un mois ce qui est considéré comme une circonstance aggravante.

Raynal est un homme mal famé dans le pays qui a subis déjà a la date du 15 juin 1847 une condamnation a trois mois d’emprisonnement pour outrage public à la pudeur commis également a Oullins.

En conséquence :

– Entendu qu’il existe contre Antoine Raynal les charges suffisantes pour mettre cet inculpé en prévention.

– D’avoir le 17 juillet dernier commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violence sur la personne de la jeune Pierrette Ravichon.

– Entendu que cet attentat aurait été consommé ou tenté sur une enfant âgée de moins de quinze ans accomplis ou tout au moins de s’être rendu coupable d’un attentat à la pudeur consommé ou tenté sur la personne d’une enfant âgée de moins de onze ans

Le procureur déclare que le crime ci dessus est qualifié et caractérisé, demande en conséquence contre Antoine Raynal une ordonnance de prise de corps et dire que la procédure sera transmise a monsieur le procureur général.

Carte postale de Lyon

Un peu plus d’un mois s’est écoulé lorsque s’ouvre au Palais de justice de Lyon le 25 août 1848 le procès d’Antoine Raynal accusé de tentative de viol.

Le silence de la grande salle du palais de justice est assourdissant au moment de l’entrée du présumé innocent, il est accompagné de gardes pour l’empêcher de s’évader. Le président de la cour d’assise prend la parole et demande à l’accusé son nom, age, profession, demeure et lieu de naissance, lequel répond se nommer Antoine Raynal, âgé de trente neuf ans, natif de Lyon, cordonnier résidant à Oullins (Rhône).

Puis durant de longue minutes le président de la cour et les jurés écoutent attentivement les témoins du crime et l’accusé.

Le verdict : les délibérations des jurés sont maintenant terminées. Le président averti Antoine Raynal d’être attentif à ce qu’il allait entendre. L’accusé est très nerveux, il transpire, il regarde les gardes autour de lui et le greffier fait lecture à haute voix de l’arrêt de la cour d’assise.

A la question : Antoine Raynal est il coupable d’avoir le 17 juillet 1848 commis une tentative de viol sur la personne de Pierrette Ravichon ?

La déclaration du jury est : Non

A la question : Cette tentative de viol a t’elle été commise sur la personne d’un enfant au dessous de l’age de quinze ans accompli ?

La déclaration du jury est : Néant

Cette déclaration étant favorable à l’accusé déclaré non coupable par le jury, le président a prononcé qu’Antoine Raynal était acquitté de l’accusation portée contre lui et qu’il devait sur le champ être mis en liberté.

Ci-dessous la liste des trente six jurés  du procès d’Antoine Raynal le 25 aout 1848 à Lyon

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La série U et la série B sont les deux séries d’archives judiciaires des Archives départementales en France : cette série moderne consacrée à l’administration de la justice depuis 1800 prolonge la série B, série ancienne vouée au même domaine avant 1800. Entre 1790 et 1800, c’est dans la série L qu’il faut chercher les fonds judiciaires de la période révolutionnaire.

6 réflexions sur “Archives judiciaires : coupable ou non coupable ?

  1. On aimerait bien en savoir plus… Pourquoi un tel retournement de jugement ? C’est vraiment curieux et surtout affreux pour la petite… et, peut-être, pour les autres victimes qui ont suivi…

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